• Rouge sanglant.

    contre-plongée 

    __     't si tu t'taisais?       __

    - For what?

    __     Écouter la night.       __

     

     

      Il était dix heure du soir et le seul bruit qu'on aurait dû entendre aurait été le son des sirènes des bagnoles de flics dans les bas quartiers. Pourtant, la fréquence semblait pas bonne. Y avait comme une mauvaise réception sur les ondes fm. Un je-sais-trop qui me tordait le ventre - la peur? - et qui faisait siffler mes oreilles - les rires des cons, sûrement. Assis sur mon trottoir sale, je fixais la nuit créer des ombres fascinantes sur la peau de Josh. Les rires de Mike et de Luke brouillant les paroles du chanteur quelconque diffusé par le poste radio posé sur la voiture à côté de Lucas, The chef. C'était la merde. On le sentait tous. On le savait tous. Alors, on est resté. A se marrer. A danser. A fumer pour Luke et Mike.
      Parce qu'au fond, entre nous-deux, on savait très bien que j'étais pas le plus malin et que ma bande était toujours celle qui répondait. Lucas nous disait souvent qu'on avait pas à se casser de chez-nous juste parce que des cons venaient nous les briser. Alors, on restait. Alors, on attendait votre venu. Je t'attendais pour danser tout en sachant qu'une fois que quelqu'un aurait prévenu les poulets de notre battle... on s'enfuirait tous et tu m'attendrais dans une ruelle pour qu'on rentre ensemble. 'Cause, one night, you fell for me and I fell for you. Were're falling in love.
      La musique était encore une fois trop rapide pour Josh et, fallait se l'avouer, rendait la situation cocasse. Voir un grand gaillard comme lui essayer de nouvelles figures de break dance sans réussir à se caler sur le rhythm, ça faisait toujours marrer les boys. On le laissait se dandiner de manière grotesque en espérant que ta bande de "sales cons" allait pas se rameuter à ce moment là et se foutre de notre gueule. Sauf que comme toujours, la vie n'offre jamais de cadeaux. Et au fond du downtown, y a toujours un regard, le tien, qui me suivait partout où j'allais. Le regard de Pyrame qui faisait celui qui me connaissait pas, qui riait jamais avec moi, qui chantait jamais pour moi, qui vivait pas en face de chez moi et qui couchait pas avec moi, et ça faisait mal. 

    Alors, dans notre p'tite rue, on s'amusait avec les boys


    On attendait simplement. Comme presque chaque soir.
    Dans la pire zone du monde.
    Into the darkness.
    Dans la pire zone d'la ville. Je t'attendais. Comme chaque soir.

      Les autres ne savaient pas. Il ne le fallait pas, tu disais. Si ça se découvrait, on finir comme dans West Side Story. Tu étais mon Tony et j'étais ta Maria. Et on allait repeindre la city de notre amour, tu disais. Parce que j'étais ta bêtise et t'étais le sommet de mon monde, ma merveille du monde, ma pyramide. On allait se barrer d'ici aussi, je t'croyais. On aller se casser de cette fausse Vérone et aller jusqu'à L.A. ou San Francisco à la Gay Pride. Je voulais marcher main dans la main avec toi sur des passages piétons multicolores et pouvoir sourire. Vivre au soleil et ne pas avoir pur de croupir à l'ombre. On allait y arriver, tu l'disais. Et comme toujours, le soir, tu t'rappliquais pour m'confronter à la réalité. Parce que c'était la vie.

      You was my enemy.
      You was my friend, too.
      You was my world, my universe.
      You was my everything. My all.
    My enemy. 

      A la même heure, ta bande de cons se pointait dans notre rue et faisait enrager Lucas. P't-être un suicide collectif? Vous étiez a suicide squad? J'sais pas mais vous étiez tous là à nous regarder en chiens affamés. Prêt à nous dévorer. A force, on se connaissait tous. Chacun savait les défauts de l'autre alors, on faisait plus gaffe aux qualités. Je crois que c'est ça qui nous a perdu. On avait les réflexes mous. Trop habitués.

    Fucking Same Old War.

      Ton visage à moitié caché derrière ton immense écharpe noire, comme le cœur de Lucas, j'le connaissais comme mon flip. Le nez fin, beautiful blue eyes et une fine bouche toujours souriante que tu cachais lorsqu'ils étaient là. Les sales cons. Tu me reprenais souvent sur ça. C'est vrai, c'tait tes potes. Au fil du temps, j'avais eu le loisir de t'étudier. C'était devenu habituel.
      Dans ta bande, je savais que vous étiez cinq. Comme nous. Et votre chef, s'appelait Tom. Tom aimait bien s'battre avec des couteaux parfois alors, depuis qu'on vous avez rencontré... Lucas en avait toujours un dessus. Sauf que cette nuit, il a servit. M'en veux pas, Pyrame. Après, les autres étaient assez discrets. Sauf quand fallait la ramener pour provoquer Josh, le plus tête brûlée de mes gars. And tonight, like everytime, your guys hasn't typical "cool boys" with him. Mec, pourquoi ça doit toujours se passer comme ça? J'ai croisé ton regard quand Tom s'est mit à danser face à Lucas, tu flippais. La peur te faisait transpirer, tu la puais comme l'enfer parce que je te l'avais dis la veille. Je voulais plus danser face à toi. J'en avais assez des battles. J'en avais marre de me cacher et je voulais ma liberté.

      La musique couvrait les insultes et les mouvements des guys pourtant, elle n'était pas assez forte pour que Lucas ne remarque que je ne dansais pas. L'incompréhension dans ses yeux était puissante mais pas autant que mon envie de disparaître de la street. Il m'a regardé et à fixer les connards. T'avais bon mimer l'enjaillement, il a bien vu. Suffisait de lever la tête vers le ciel pour le voir. Ce putain de fil qui s'étendait sur toute la ville de son rouge brillant. Cette net qui partait de nous, nous colorant comme un dessin de gosse. Lucas s'est tourné vers moi et m'a poussé, je crois. Violemment, il m'a éjecté vers toi et bien sûr, tu m'as réceptionné, inquiet. Cette nuit, ça a été la fin.

      Quand tu m'as pris dans tes bras, ça a tout confirmé. Et ça a fait flipper les boys. Lucas a bien sorti son couteau mais, c'est moi qu'il a visé. Tu m'as porté sur je-ne-sais-combien de blocs en pleurant. Tu parcourais la ville de long en large en me demandant pardon pourtant, moi, j'allais. Je repeignais la ville de mon amour pour toi d'un rouge sanglant. I love You. J'avais les yeux vers les étoiles mais ne voyais que de la brume. C'était la fin. Et c'était beau. Sûrement parce qu'on était ensemble, enfin. 

      " Py? ", ais-je murmuré. "Py, regardes le ciel, il est rouge."

      Tu as tourné ton visage baigné de larmes vers moi et m'as regardé inquiet. De l'effroi dans le cœur. J'ai levé ma main vers toi et ais caressé ta joue tendrement, y laissant une légère trace rougeâtre. Et ensuite, je t'ais forcé à fixer le dit-ciel, m'amusant de ta surprise et de ta tristesse. Un bien pour un mal, non? Alors, si je vais mal ce soir... laissez-moi repeindre cette ville noire de mille couleurs. Au moins, un homme ou une femme, un enfant ou un vieux...  quelqu'un serait heureux de ces couleurs gays dans sa ville ténébreuse. Le ciel était nuageux et pourtant, il rendait à NYC sa vieille beauté en faisant briller notre fil amoureux dans les airs. La toile était là. 

      " Py, fais-moi repeindre le monde. S'il te plait. 

    - Je ne peux pas, je peux pas. Tu vas mourir.", as-tu lâché. " Tu vas mourir à cause de... 

    - Et... alors?", le souffle court, j'ai voulu terminer ma phrase avant de cracher le sang qui s'accumulait dans ma bouche. " Dis-toi juste que... Lucas n'était pas assez... gay."

      Les larmes aux yeux, je t'ai entendu dire "Fil gai, feel gay...", cette phrase qu'on se répétait souvent le soir en rentrant et ce fût mon dernier son. L'une des plus belles lyrics qu'on puisse créer sur les ondes telluriques. Je n'ai pas entendu ton cri déchirant m'hurlant de te répondre, de revenir, de t'aimer. Je ne t'ai pas entendu pleurer ma mort ni blâmer ma vie. 

     

      And You never listen to the sound of the car who arrived.


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