• La vie, elle est pas rose.

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    Lorsqu'on nous renvoie nos défauts en pleins visage, cela fait souvent bien plus mal qu'aucun écrivain ne pourra jamais le décrire. On pleure, on gémit, on hurle et parfois, parfois même, on se bat pour prouver le contraire. Non, nous ne sommes pas faible ni même lâche. Nous sommes juste humains. Alors pourquoi, si ces choses, si normales soient-elles, pourquoi ce soir, j'ai mal au cœur? Aucune de mes pensées me sembles saine et encore moins habituelle.

    La vie ne nous permet pas de douter de nous. Elle ne nous autorise qu'à accomplir de regrettables actions empruntes de désespoir et de folie. Des actes humains. Ce soir, j'ai décidé que je n'écouterais pas ma raison. Cette nuit, je ne suivrais pas les règles et je sauterais le pas. Je cesserais à tout jamais d'être normal car, si toutes nos tâches et nos accomplissements sont fous pourquoi alors tenter de faire quelque chose de rationnel et de positif? Surtout quand on peut commettre le pire des crimes. La clarté de la haute lune de me semble plus si sage dorénavant. L'ombre me parle bien plus nettement. Est-ce l'alcool ingurgité plus tôt qui me fait agir de la manière? Est-ce les propos de la lumière de ma vie qui me font réagir ainsi? Est-ce mon éducation que les autres, ces gens incompétents, remettront en question quand toute cette affaire sera close? Pointera-t-on mes parents du doigt pour avoir engendrer un tel enfant maudit? Si seulement le reste du monde pouvait comprendre... il ne me jugerait pas si fou allié. Après tout, le raisonnement est simplet, enfantin même, et l'acte d'autant plus innocent. Le besoin de préserver la vie et la candeur est-il réellement un crime sanctionné? J'en doute car, si certains hommes peuvent le faire pourquoi pas moi? Je le peux certainement aussi. Ou alors, tout le monde le peut seulement, certains sont justes prient pour cible. Des pauvres pantins justiciers qui sont accusés de mille et uns crimes et traités comme des moins que rien. "Non, ils n'ont pas sauvé le monde mais ont assassiné des pauvres enfants" disent les hommes de pouvoirs. Je ne peux m'empêcher de sourire, c'est vrai. Ces malades ont tué des personnes pour une cause soit disant juste mais, avant de juger ces hommes ne devions-nous pas nous aussi nous remettre en question? Nous avons nous aussi tués multiples personnes lors de guerre inutiles démarrées pour de futiles raisons. Et c'est justement pour remédiez à cela que je fais cette action mortelle. Pour démontrer la stupidité de mon camps. Je ne suis pas suicidaire. Je suis conscient de mes propos. Je suis "normal" ou du moins, on me pense normal ce soir. Oui, j'ai une arme dans les bras et même un gilet par-balle et je suis effectivement du bon côté. Ce soir, mes hommes et moi, nous allons mener un combat infernal dans le but d'une prochaine paix. Une longue et prospère... éternelle si possible mais, la paix nous emmerde parfois et quand les fous ont en marre, les guerres recommencent. Parce qu'après tout c'est ça, la guerre. Les riches se font chier dans leur villa à millions et décident d'entamer un projet bien plus grand que leur ego surdimensionné. Les gros alcoolisés ne pensent pas aux p'tits gens qu'on envoie sur le front pour tenter de recréer la paix qu'ils ont brisés. Non, eux, ils ont des dettes et envie de retrouver leur fric pour le dépenser à nouveau dans une guerre. Pour eux, un tank c'est un engin qui coûte une blinde seulement, pour nous, les soldats ou même pour les civiles, un tank, c'est la fin du monde. Un monstre d'acier peinturluré qui crache des putains d'obus et des coups de canon qui explosent tout sur leurs passages. 
    Et pendant que nous, on crève dans la poussière, la chaleur et sous les coups ennemis, que font les connards qui ont entamé cette guerre tout en sachant qu'ils ne pourraient pas la conclure? Hein? Où ils sont? Dans leur planque, tiens! Bien caché à se chier dessus dès qu'ils apprennent qu'un nouvel otage a été pris. Ironiquement, j'ai pitié pour ces p'oves messieurs qui ont rien d'autres dans le froc que des billets de cent. 

     

    Ce soir, je vais sûrement crever pour eux et quand je sentirais ma vie m'échapper petit à petit, j'me marrais. Parce que ce monde pourri va exploser un jour à cause des créateurs de guerres, les soit-disant justiciers. Ils enverront une bombe tellement profondément qu'elle explosera dans le centre et nous fera tous sauter. Et moi, dans tout ça, j'serais six pied sous terre à m'foutre de l'gueule de ces crétins. 
    Ce soir, je vais clapser sans avoir pu voir le doux visage de ma femme encore une fois. Je partirais en la laissant seule dans ce bas-monde et, jusqu'au bout, je l'aimerais. Seulement, au bord de l'agonie, je dirais pas à mon second de dire à ma femme que je l'aime. Il doit déjà assez penser à la sienne alors pas besoin d'en rajouter. Et puis, ma femme, elle le sait sûrement que je l'aime même si elle m'en voudra de pas lui avoir dit. Non, ce soir, quand je perdrais ma vie, j'attraperais mon second par le col de sa chemise et, dans le blanc des yeux, j'lui dirais: "Vas-y, butes-en le plus possible." avant de lui filer ma dernière grenade. Parce que la vie, elle est pas rose. Merde.

    "Captain, are you ready? It's time." m'a dit un p'tit nouveau t'à l'heure. Le pauvre gosse, il est mort vingt minutes après en marchant sur une mine. Effectivement, c'était son heure. 

    Le pauvre petiot, il avait à peine vingt ans et des espoirs pleins la tête. J'me souviens, à cette époque, moi aussi, je rêvais de voir la fin d'la guerre et puis, j'ai compris que ça finirait jamais. Tout simplement parce que les sales cons qui gouvernent n'en n'auront jamais assez et qu'ils ne se doutent pas ce qu'il se passe sur le terrain. On est que des pions. "Ah ouais? On a perdu tant d'hommes?" a dit un jour un gars venant rendre visite à mes troupes. J'lui ai répondu "Eh ouais, m'sieur. On a perdu tant de gars à cause de cette stratégie de merde. Qui est le crétin là-haut qui a décidé qu'il allait nous faire gagner la ville à dos de chameaux en passant par le désert? C'était totalement con. Heureusement que j'ai laissé que dix gars faire cette connerie. On aurait pu perdre toute une escouade." il m'a regardé avec tristesse et regret en m'avouant que c'était lui. Je me suis retenu de le frapper mais, il a bien vu mes poings serrés et a comprit quand je lui ai dis de ne plus jamais essayer de comprendre ce qu'on vivait. Les gens d'là-haut, ils savent pas. Ils peuvent pas comprendre qu'on est trop bousillé pour retourner vivre avec nous femmes mais pas assez pour arrêter de nous battre sur le front. Ils captent pas qu'on est cassé de l’intérieur. Ils n'ont jamais eu à abattre un homme de sang froid, à abandonner un compagnon au milieu d'un champ de mine parce qu'il était blessé et qu'on avait aucune chance de le sauver sans perdre un autre gars. Ils ne pourront jamais ressentir cette adrénaline qu'on pue jusqu'au pied lorsqu'on arrive dans une nouvelle ville. Le sourire grognard qu'on peut avoir en sauvant un groupe d'otage et en se rendant compte qu'y avait personne d'autre avec eux. La peur qu'on peut avoir envie de montrer aux hommes, l'envie de leur faire comprendre qu'on est tous dans la même galère mais, qu'on est obligé d'être dur et froid parce que si le chef part en vrille tout le monde perd la boule. Alors, on peut passer pour des monstres, ouais, de temps en temps mais, c'est pour ça qu'on a été choisi pour être envoyé sur le terrain. Pour faire le monstre, celui qui tue sans penser et qui terrorise l'ennemi. On est pas dans le monde des bisounours, même en sortant la mitraillette, les autres ne vont pas nous craindre mais, en sortant les armes, les stratégies et surtout, en butant le maximum d'hommes... Là, on est vraiment craint. On fout la pétoche et personne n'a envie de se frotter à nous. C'est pour ça que je suis toujours sur le terrain depuis dix ans. Je suis la pire des abominations pour les gens d'en face, je compte même plus le nombre de mes victimes. Mes hommes, eux, ils le font encore pour se marrer et y paraîtrait que j'ai dépassé le mille y a pas longtemps. J'fais plus gaffe, moi. J'vois un gars à la kalash et je tire, s'il s'effondre, je passe au suivant mais, s'il reste debout... Pfff, qu'est-ce que je dis, ils se relèvent plus tellement qu'ils sont pétés de trouille.
    Seulement, ce soir, je vais crever. Mes gars me disent que non mais, ils connaissent pas le terrain comme moi. Ils savent pas où est l'ennemi et encore moins que j'ai une mission solo. Non, eux, ils pensent juste qu'on va aller défoncer une réserve d’approvisionnement dans le nord du désert mais, le camp ennemi est juste à 5 bornes max. Ils vont nous voir arriver ou nous entendre, c'est sur. Ce soir, si un de mes hommes est en danger, je me jetterais sur lui et me prendrais la balle à sa place. J'en ai assez de vivre ça. Je veux partir d'ici. J'suis trop cassé pour continuer et j'veux pas rentrer au pays et vivre comme ces vétérans qui vivent dans la rue accro à l'héroïne. Non. J'veux pas oublier la guerre comme ça, si elle doit quitter mon esprit, ça sera par la mort. Pas autrement, j'infligerais pas à ma femme cette honte. On me ramènera au pays que dans une boite et une nouvelle médaille au torse.

     

    Un dernier regard au portrait de la lumière de ma vie glissé dans un coin de ma boussole et je m'envole dans les airs. Mon parachute déployé au dessus de ma tête, je glisse dans la nuit en me demandant quand je mourrais. Dans le vent? Dans la pluie? Sur la terre ou dans la mer? J'aurais dû mourir hier et même avant hier mais, je ne suis pas mort. Vais-je mourir ce soir? J'espère mais, bizarrement, je crois en mes hommes quand ils disent que je suis immortel. Je ne mourrais pas ce soir, dommage. Peut-être demain? J'aimerais tellement mettre un point à ce cauchemar... la guerre me lasse. La chaleur m'épuise. Y-a-t-il une fin? Je l'espère réellement.

    "Captain, are you ready? It's time." murmure la voix du gosse dans l'air moite et lourd. 

    Je ne pense pas être un jour prêt à partir au combat. On ne peut pas se préparer au futur, seulement à la mort. Que va-t-il se passer? Dieu seul le sait, on est que des foutus hommes! Alors, j'attends, d'être prêt un jour à partir au combat mais, on ne peut pas se préparer à plusieurs choses en même temps. D'abord la mort, après la guerre.


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